Fraude au DPE : quand le buzz oublie la réalité

On entend (encore) beaucoup de choses à propos du DPE. Depuis un an, certaines entreprises alignent des chiffres chocs, volontiers stigmatisants : une hausse de 65 % des fraudes en quatre ans, une estimation des coûts vertigineuse à 20 milliards d’euros…

Plus c’est gros, plus ça buzze.

On ne peut pas laisser dire tout et n’importe quoi sans réagir.

1. Des entreprises franchement pas impartiales

Pas impartiales du tout, même. Il y en a même qui commercialise des services d’analyse des DPE à l’aide d’intelligence artificielle, donc sans visite sur site.

Autrement dit : plus les DPE sont présentés comme douteux, moins les propriétaires ont confiance dans le DPE, plus le business est important. C’est un peu comme si quelqu’un souffle sur les braises… puis vous propose de vendre un extincteur. Une version très contemporaine du pyromane-pompier.

2. Des chiffres non corroborés

Dans sa dernière étude surgie juste avant les fêtes, l’entreprise Krno évoque par exemple 4,3 % de DPE frauduleux au premier semestre 2025. Disons-le, l’entreprise n’est pas la première à remarquer des DPE « manipulés » : le CAE (Conseil d’analyse économique) a planché sur cet effet de seuil en 2024. Oui, certains DPE semblent manipulés mais on est à dix mille lieues d’une fraude industrielle : (seulement) 1,7% de DPE concernés selon le CAE qui pour le coup est réellement indépendant et impartial.

3. Des corrections tout à fait légitimes

Qu’un DPE ait été modifié ne signifie pas automatiquement qu’il soit frauduleux. Sur le terrain, c’est une réalité quotidienne rappelée par l’Alliance du diagnostic immobilier, l’une des principales fédérations de notre profession.

Lorsqu’un propriétaire découvre un classement F, à quelques encablures seulement du E, il n’est pas rare qu’il fournisse a posteriori des factures, des justificatifs ou accepte des investigations complémentaires. Ces éléments peuvent objectivement améliorer la connaissance du bâti… et faire évoluer le classement.
C’est une correction, pas une triche.

4. Un DPE en constante amélioration

Cette communication alarmiste est d’autant plus regrettable que le DPE progresse continuellement depuis 2021.  

Dernier exemple en date, depuis décembre dernier, toutes les modifications d’un DPE sont désormais tracées. Un diagnostiqueur qui « arrange » un classement pour satisfaire un client met directement en jeu sa certification, son droit d’exercer et s’expose à un risque contentieux réel. Aujourd’hui, les diagnostiqueurs en ont parfaitement conscience. Le DPE n’est pas parfait, mais il est de plus en plus encadré, contrôlé et sécurisé.

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